Helsinki, 6 heures du matin !
Pour cette dernière journée, j’ai mis mon réveil encore plus tôt, histoire d’en profiter encore plus longtemps !!...De toutes façons, toute remuée que j’étais, je n’ai vraiment pas beaucoup dormi cette nuit…
J’entame mon programme serré : passage matinal au sauna de l’auberge de jeunesse (le bonheur… !!!), petite ballade au bord de la mer, visite de la superbe l’église orthodoxe du coin, où je m’attarde : c’est la fin de la messe, le pope baptise un petit bébé tout minuscule, en le brandissant à bout de bras dans toute l’église…La maman qui suit, derrière, en a les larmes aux yeux…
Et je pose une petite bougie, dans un petit coin…petit message d’espoir pour mon retour…
14h : il est temps que je file à l’aéroport…j’avoue, je tremble un peu, je n’arrive plus à dépatouiller les chemins de mes neurones !...tout ce que je sais, c’est que je suis restée bloquée sur mon décompte à l’envers…Plus que 4heures de liberté ! Pourvu que le temps ralentisse !!...
Ca m’ennuie de le constater… surtout que j’imagine, de l’autre côté, en France, certains ont déjà depuis longtemps entamé le décompte dans le bon sens, pestant contre le temps qui ne passe pas assez vite…
Et moi, je ralentis et me crispe devant l’obstacle à franchir…Ca me parait inconcevable de rentrer là, maintenant !
Je ressens très nettement tout le poids des obligations et des responsabilités qui m’attendent au retour, tout le poids de ces questions à venir : « alors, ce voyage, c’était comment ? », tout le poids du retour à la normalité…
Qu’attendra t-on de moi, après 7 mois à l’autre bout du monde… ? Moi, je n’ai qu’une seule envie : me glisser dans un petit trou et m’y terrer pour ruminer mon voyage toute seule…
Toute seule, ou alors avec d’autres voyageurs…Là, je ne me comprends plus : je pensais en avoir eu assez de ces discussions de faux backpackeurs ; et pourtant là, tout de suite, maintenant, je voudrais trouver quelqu’un, un inconnu à qui je puisse dire « oui, je rentre d’un tour du monde ».
Pas pour me vanter, je pense… juste pour en parler, comme si dire les mots pouvait m’aider à concrétiser ce qui est en train de se passer.
Dans l’avion, j’ai envie d’hurler : «Ne vous trompez pas ! Ca n’est pas un trajet normal pour moi, là ! Je suis en train de boucler mon tour du monde ! », envie une dernière fois de ressentir cette différence avant de retrouver la vie normale en France…
Mais rien ! Même ma voisine, toute occupée à vomir le contenu de son estomac dans ses sacs en papier, n’en aurait pas grand-chose à faire !...
Alors j’essaie seule de me concentrer pour bien assimiler ce fait : ce tour du monde, c’est fini !
Atterrissage à Roissy, je suis sonnée…J’ai renoncé à comprendre ce qui se passe dans ma tête.
Je me décide à profiter juste de cette petite étincelle qui perce quelque part en moi et me souffle que je suis heureuse de retrouver ma famille, mes amis et mon amoureux.
Antoine m’attend, comme il m’a attendue pendant 7 mois…
Je me fais confiance pour la suite, j’arriverai à dépasser tout ça !... |